29 septembre 2008
Même dans une ville qui n'est pas la mienne
Mardi 22 septembre, 8h35.
Amiens, je suis sortie de l'hôtel pour fûmer mon café et boire ma clope, ou l'inverse de fatigue.

Elle, elle semble tout droit sortie du casting de "Bienvenue chez les Ch'tis" et me demande avec ces "eud'" si caractéristiques la direction d'un boulevard dont j'étais presque étonnée qu'il ne porte pas le nom de Jules Verne.
Pas décidée à entrer en communicatoin avec l'autochtone, je lui indique du menton et d'un air sans doute peu aimable l'homme qui se tenait à côté de moi, et qui tenait un plan.
Entre deux volutes, je me félicitais que ce soit à lui qu'elle raconte sa vie.
Je riais intérieurement comme elle partait... c'était donc arrivé! Et je peux donc le prouver! Même quand je ne suis pas dans ma ville, on demande son chemin.
21 septembre 2008
Elle avait fait fait le chemin mais ne connaissait pas sa destination
Technoparade, quelques souvenirs du temps où j'étais plus jeune, et la confrontation à cette nouvelle génération pour qui est acquis ce petit combat qui consistait à faire reconnaitre la musique électronique - la Techno, comme on l'appelait à l'époque - comme une vraie musique.
Cette nouvelle génération pour laquelle il est normal d'avoir des rendez-vous culturels, voire festifs annuels (La fête de la musique, La Marche des Libertés, autrefois appelée Gay Pride, La Technoparade, bien sûr, dont l'association à la culture gay était devenue plus si appropriée).
Je suis sur un pot de fleur dans lequel j'aurais pu tenir toute entière. Juchée en équilibre sur ses bords carrés pour profiter des chars, du son, de la foule dont je reconnais certains codes et dont j'en découvre d'autres.
Excusez-moi, Madame, vous savez on est où?
Ca n'est pas tellement le "Madame" qui m'a surprise. A l'écrire, je me dis que cette jeune fille était bien plus polie que certains de ses aînés... Ni même la tournure qui ne respecte pas l'antéposition du "où"... Non, la surprise, c'est que quelqu'un puisse être quelque part, sans savoir où il est. Comment avait-elle fait pour venir jusqu'ici? Elle s'était télétransportée??? Je ne comprenais pas. Et mon étonnement devait être visible.
Elle se reprend.
Vous savez où on est?
Quiproquo sur l'origine de mon incompréhension. C'est drôle. Puis je recolle les morceaux, son amie derrière elle avait son téléphone à l'oreille est plus seulement à la main.
Réaumur-Sébastopol.
Elle voulait savoir quelle destination indiquer à quelque amie pour les rejoindre.
14 septembre 2008
Elle m'a pas vraiment demandé son chemin
S'il vous plait, où se trouve l'exposition avec les 40 artistes?
Elle tenait son fils par la main. Il se tenait derrière elle. J'avais l'impression d'être une géante devant cet enfant. Une inconnue intimidante, mais pas terrifiante.
Je donne quelques indications oiseuses sur le fait que ça n'était pas la première fois qu'il y avait une exposition en plein air au jardin du Luxembourg, et une foule de détails aussi inintéressants qu'inutiles.
Elle prends congé en me signifiant qu'elle prendrait ses renseignements dans la galerie en face.
Et elle fut bien.
28 août 2008
Ils m'ont demandé leur chemin
Ils sont à pieds, je suis à vélo.
Secteur pétion de l'île de la Cité. La femme m'avait repéré de loin et me souriait. A croire que pour les asiatiques aussi, j'ai une bonne tête. A croire que même de loin, j'ai la tête de l'emploi.
Crédit
Je rentre chez moi, et eux, probablement à l'hôtel après une journée de visite dans le quartier latin, ou que sais-je?
'kiouz mi, ze mitro?
Cet accent est incroyable. Je tente de deviner dans cet instant fugace leur pays d'origine. Thaïlande? Laos? Chine? Il y a de plus en plus de touristes chinois en couple ou en amis à Paris. C'est un bon signe. (Je m'égare)
Avec le meilleur frenche accent:
Ze métro iz raïte hireu. Its ze green sing you canne sii frome hireu.
Et ils ont compris sans problème. Se préciptent dans la direction indiquée, et la femme me lance un Merci à peine compréhensible. Je souris.
Youre wouèlcome!
C'est si bon d'être utile sur cette terre! Même si la tâche est futile.
Mais en dehors de celà. Décidément, vu de l'extérieur, c'est vraiment étonnant. Pourquoi diable ces personnes se précipitent-elles dans la direction qu'on leur indique? Par hâte d'arriver à leur destination? Ne sont-elles pas en vacances? N'ont-elles pas le temps? Comme si s'orienter dans une ville étrangère était une chasse au trésor où l'on est en compétition avec soi. En compétition avec sa maîtrise de sa ville habituelle, sa connaissance habituelle du temps et des distances? Un contre la montre où il faut être au moins aussi rapide que d'ordinaire, mais dans un contexte radicalement différent?
24 août 2008
Il m'a demandé son chemin
Rue Bobillot, je descends d'un pas lent. C'est dimanche, veille de reprise. Il fait gris, mais je porte encore en moi le soleil.
A un carrefour, il s'avance vers moi, de biais, comme il peut.
Dites moi, c'est par où l'université Tolbiac?!?
Alors, ça! Je regarde autour de moi. Je n'en sais rien. Impossible de le renseigner. Je lui montre ce que je sais. Par là, c'est place d'Italie, par là, la place de Rungis, là, le bus qui y mène.
Puis j'abandonne.
Écoutez, je ne voudrais pas vous induire en erreur.
Encore quelques échanges de mots puis il continue sa trajectoire d'origine.
C'est une expérience d'humilité que d'admettre ouvertement son ignorance. Il est toujours difficile d'accepter ses propres limites. D'autant plus que ça faisait longtemps qu'on ne m'avait pas demandé son chemin, et c'était un échec. Petit goût amer, très léger, trois fois rien à se dire que l'on n'a pas su satisfaire son propre plaisir ou bien son propre égo à donner une information juste.
Son égo, ou bien l'écho des impératifs sociétaux. A l'école, il faut savoir. Il faut dire au maître la réponse attendue. A la fac, il faut avoir la pertinence attendue. En entreprise, il faut avoir le comportement attendu. Apprendre que l'on n'est pas parfait, l'admettre, et vivre très bien avec (et non pas malgré) cette idée.
Il m'avait indiqué qu'étant plus jeune il se rendait à pied à l'université depuis place d'Italie. Finalement, en lui indiquant où elle se trouvait depuis là où nous étions, j'avais pu le renseigner... indirectement. Mais de manière tout à fait fiable.
23 août 2008
Elle m'a demandé leur chemin
Rue des Ours, à côté du commissariat, le feu est rouge, je freine.
Elle s'avance, de travers, toute penchée, avec ses beaux cheveux noirs bouclés.
Excusez moi, c'est le Marais ici?
Presque...
Et par là (elle indique la direction de Beaubourg)
Ah...Plus!
Et elle s'adresse au groupe derrière elle, que j'avais à peine remarqué.
Même avec des phrases sans sujet, sans verbe, et sans complément il est possible d'indiquer à une personne son chemin. Le service minimum du renseignement. La prochaine fois... j'essaie avec des borborigmes.
24 juin 2008
Cette fois-ci, je l'ai demandé
Un dimanche en fin d'après-midi.
Pressée d'aller à la BNF de la rue Richelieu, mon acolytes et moi nous dirigeons tête baissée vers la rue du Louvre.
Puis, j'ai un doute. C'est pas par là... il y a quelque chose qui cloche. Conciliabule, on va au bout de la rue, il y aura bien un plan! J'avais toutefois quelques réticences à continuer dans cette direction. On perdait un temps précieux. C'était sûr, on n'était pas dans la bonne direction.
A ce moment précis, comme s'ils nous avaient entendus, un couple de touriste passait tranquilement dans cette rue peu fréquentée.
Crédit
Je me tourne vers eux.
S'il vous plait! Bonjour! Vous n'auriez pas un plan de Paris? Et je mime l'ouverture d'un livre avec mes mains.
La femme y croit à peine, l'homme laisse paraitre un étonnement égal. Echange de regards entre eux. Murmures dans une langue inconnue "Hjælp til?" "Vil jeg med lidt".
Hochement de tête entre eux, l'homme nous tend ce plan tant distribué par l'Office de tourisme. Il avait bien servi, et les pliures menaçaient de se déchirer.
Satisfaction, j'avais raison. Nous étions dans l'exacte direction opposée à celle recherchée.
Je tente de replier délicatement le plan, le rend. Merci, merci.
Je ne tenais pas à leur parler anglais, sans doute des français s'adressant à eux exclusivement en français rajouterait une anecdote à raconter.
Pas de sourire amusé de leur part, mais visiblement satisfaits d'avoir pu rendre service. Nous repartons dans l'autre sens, pour notre part, hilares... Depuis quand des autochtones demandent-ils leur chemin à des touristes?
Mais c'est une valeur sûre! Si vous êtes perdu à Paris... demandez à un touriste! Vous aurez plus de chances qu'il ait un plan à vous prêter, qu'un parisien lambda qui passe par là de savoir utilement vous renseigner.
22 juin 2008
Perdus à la la fête, ils demandent leur chemin
La fête de la musique, j'aime.
Parce que je suis née avec et ce que c'est une manière originale de célébrer: 1- L'été, 2- La ville, 3- L'initiative musicale amateur ou professionnelle.
Parce que ce soir là, les noms de la variétochevariétoche valent autant que l'amateur sorti de sa cave pour présenter ses créations... Il y en a peu de ceux-là. Le plus souvent, au hasard des déambulations, on entend plus des reprises de rock des années 80 (et encore... reprises... souvent d'un niveau assez moyen) Police, Sting, Téléphone... Les nostalgiques sont parmi nous.
Je sors de chez moi. Une adolescente (Quel âge pouvait-elle bien avoir? Dieu qu'il est difficile de le dire) se plante devant moi, là, avec ses yeux crayonné au noir.
- Eh, âaa', ssé pal où?
- ... Excusez-moiExcusez-moi?
Je n'avais rien compris... probablement l'effet invalidant d'un appareil dentaire avec palais... Elle veut aller aux halles. Bon. Je lui indique. Rien d'autre à dire. J'avais à faire.
Plus tard dans la soirée, je sens une main sur mon épaule. L'homme avait fendu la file indienne qui le séparait de moi pour m'attraper l'épaule.
Les quais de Seine, c'est ce qu'il voulait. Étonnant. C'est la première fois qu'il y a contact physique. La première fois que mon attention est attirée non pas par la voix, mais par la main.
C'est vrai qu'on ne se touche plus. Dans la promiscuité des transports, de la ville suante de porter tant de personnes tout contact est tacitement proscrit. Pas de main sur l'épaule, ni sur le bras, et encore moins sur la taille. Il faut se connaître pour autoriser la personne à entrer dans cette fameuse bulle physique... sans quoi, il ne s'agit que d'une nuisance supplémentaire.
Pourquoi alors je me souviens qu'il n'en a pas toujours été ainsi?
18 juin 2008
Elles m'ont demandé leur chemin
Mardi matin, 9 heures passées sans doute. Je vais travailler. Mise en condition pour une nouvelle journée, pour survivre pendant un cours instant aux transports en commun, pour survivre aux contraintes et aux contrariétés. Un matin habituel qui met en place ses rituels de servitude volontaire.
Je m'engouffre comme ces centaines d'autres personnes et comme chaque matin de la semaine dans l'anonymat quotidien.
Elle a une quarantaine d'années et le visage confiant s'adresse à moi. A travers la musique vissée à mes oreilles, je vois ses lèvres bouger, ses yeux sur moi, mais ne l'entends pas.
Attendez, attendez... oui?
Comment fait-on pour changer de quai?
Curieux moment, comme toujours. Elle était dans la bonne direction. De là où elle était, elle ne pouvait manquer de voir les escaliers qui communiquent dans cette station d'un quai à l'autre. Intriguant à quel point le doute a du s'instiller chez cette personne. Elle disposait de tous les éléments pour s'orienter, et malgré celà avait besoin de quelqu'un pour se voir confirmer qu'elle est dans le vrai, qu'elle a raison. Et n'importe qui fait l'affaire pour confirmer celà.
A la lumière de cet exemple, je me dis que - sans doute - la valeur de l'information que l'on s'apprête à demander est inversement proportielle à la valeur que l'on accorde à la personne à laquelle on s'adresse.
Je me dis aussi que les gourous, ces guides de la spiritualité certes, n'ont que peu de mérite. Ils ont acquis une certitude intérieure et répondent aux doutes qui s'instillent. Alors qu'il suffirait que les personnes s'écoutent elle-même pour trouver leur chemin (oui, spirituel, cette fois-ci). Je ne crois pas à l'éventuelle trivialité de cette analogie.
Puis quelques dizaines de minutes plus tard, je quitte les néons souterrains pour retrouver momentanément soleil. Elle, elle a un peu moins de trente ans. Elle est très belle, très mince. Les codes vestimentaires de ce que l'on peut supposer être sa religion n'arrivaient pas à cacher celà. Regard apeuré. Elle regarde de tous côtés, va, hésite, ne sait plus.
Excusez-moi, c'est par où le bus 21? (Un silence) Je suis perdue ( Fléchissement des sourcils et soupir).
Cette femme m'a véritablement touchée, en ce qu'elle se confiait à moi. Son regard demandait plus qu'une indication, bien plus. Une aide, un secours. On discute un peu. Où va-t-elle, dans quel sens. Conversation factuelle. Je le donne des jalons: la pharmacie là bas, ce trottoir là. Celà suffit à la rassurer. Il y a une urgence en elle. Plus même que celle que pourrait provoquer un simple retard. Au moment de se quitter, il y avait du soulagement dans son merci, et je l'espère de la chaleur dans mon sourire.
08 juin 2008
Sans doute vietnamienne

Elle avait déjà demandé son chemin à un homme qui passait lui-aussi par là. C'est vrai qu'elle avait quelque chose de touchant. Son air perdu, ses vêtements simples, apprêtée avec ce qu'elle avait pu. Quelques dents lui manquaient. Elle se penche sur moi:
"Ly Mokè"... c'est là qu'elle voulait aller....
Je me mets à la place de cette femme. Elle voit une série de signes, sait que ça veut dire quelque chose, mais il lui est impossible de déchiffrer. Comment faire le lien entre la manière dont on lui a dit que le lieu se prononçait "Ly Mokè", et la succession de caractères g.u.y. m.o.q.u.e.t?
Je me remets à la place de cette femme. Si je devais m'orienter dans le métro de Tokyo, dans une gare de Séoul, ou plus proche de nous, dans une rue de Prague, je devrais expérimenter aussi la pesanteur de se sentir analphabète.
Je lui montre sur le plan, comme l'avait fait l'homme avant moi. Dans une rame où les stations sont signalées par des LEDs, il devenait facile de lui expliquer que là où ça clignote, c'est là où nous sommes. Nous avons compté ensemble. Un, deux, trois, quatre... encore quatre stations avant le changement.
Elle me montre la station Villiers. Ly Mokè? Non, non, madame, il faut prendre la Treize.
Encore une fois la station. Ly Mokè?
On avait dû lui dire que ça se trouvait sur une ligne dont la couleur était bleue... le bleu roi de la Deux, devenait donc sans doute plus attrayant que l'autre bleu clair.
Havre Caumartin. Elle descend.
Je suis ahurie.
Elle me fait un signe de la main. Dans ses yeux: Désolée, je vais me débrouiller autrement.
Contrairement aux ceux qui demandent leur chemin et qui se précipitent dans la direction indiquée.
Sans doute n'était-elle pas pressée de s'y rendre. Sans doute n'était-ce pas urgent.
Billet retouché le 16/06/08



